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A quoi les musiciens de jazz se reconnaissent-ils entre eux ? Plus exactement, à quoi repèrent-ils qu’ils ont affaire à l’un des leurs lorsqu’ils se retrouvent face à un confrère qu’ils n’ont jamais entendu ? Qu’est-ce qui leur met la puce à l’oreille, leur permet de savoir qu’ils appartiennent à la même communauté ? En préparant ce disque à Paris – et notamment son répertoire – avant d’aller le concrétiser à New York, Pierrick Pedron a largement eu le temps de ruminer ces questions. Car il savait qu’on ne se rend pas impunément dans la capitale du jazz moderne pour enregistrer en compagnie de musiciens de l’envergure de Mulgrew Miller et Lewis Nash sans courir le risque de se retrouver éclipsé de son propre album par plus talentueux que soi. Ce risque – et c’est le premier de ses mérites – Pierrick Pedron l’a bravé hardiment. Il en a mesuré l’importance tout en ne se laissant pas dominer par lui. La peur de ne pas être à la hauteur ne lui a pas coupé les jambes. Ça n’a peut-être l’air de rien quand on ignore à quel point les musiciens se jaugent entre eux et savent immédiatement lire au-delà des apparences ; c’est pourtant à une entrée dans l’arène (ou à une montée sur le ring) qu’il faut comparer ce qui se joue durant les premières minutes d’une rencontre entre jazzmen qui se découvrent. Peu dans les mots, tout dans les notes. On ne propose pas à des musiciens qui ont touché du doigt la légende du jazz de participer à un disque sans exclure la possibilité qu’ils ignorent leur hôte dès le début de l’action. Ou plutôt : rien n’interdit de le faire (le professionnalisme des musiciens américains est une réalité dont témoigne, dans leur vocabulaire, l’absence de connotations négatives du mot sideman) ; rien ne garantit, cependant, que ces hommes-là donnent tout ce dont ils sont capables. Le minimum de leur service est déjà beaucoup ; disposer de l’entièreté de leur talent est une autre affaire. Vincent Bessières Télécharger la note de pochette
Il est dans le jeu d’un musicien quatre caractéristiques qui permettent de savoir très vite si on a affaire à un authentique jazzman et non pas à un exécutant plus ou moins habile qui récite à vive allure un discours hyper technisé mais vide de sens et de nécessité. D’abord il y a ce que les Américains appellent le « time » (cette justesse irréfutable de la mise en place), puis le phrasé (l’art de donner un accent personnel à son jeu), ensuite la respiration (cette façon naturelle de « ventiler » la musique et de la faire vivre entre les notes) et, enfin, sans doute la qualité la plus importante et la plus difficile à trouver : le son. Cette griffe immédiatement identifiable est aussi ce qui donne à l’artiste la liberté de voler et d’explorer la musique plus loin, plus haut. Pas de doute, une seule écoute de cet album suffit à s’en convaincre, Pierrick Pedron répond à ces quatre critères et s’affirme d’emblée comme un magnifique saxophoniste et un compositeur inspiré. Sur chaque plage, il sait laisser la musique respirer au souffle de son lyrisme. Pascal Anquetil
Pierrick Pedron et ses compagnons font partie de ces musiciens d'aujourd'hui qui vivent le jazz pleinement. De cette musique de fête, ils ont su tirer l'enthousiasme, la foi, l'engagement. L'art comme mode de vie : c'est le jazz qui les anime, ils vivent jazz, nuit et jour. Mais gare aux idées reçues : leur musique ne s'invente pas dans les ténèbres des clubs pour s'abreuver du passé, et s'y oublier. Prenant l'histoire du jazz à bras le corps, ceux-là s'en emparent avec un esprit d'invention perpétuellement neuf, afin de, toujours, faire avancer la musique. Arnaud Merlin
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